Music-Hall de Jean-Luc Lagarce mise en scène d’Alain Fromager

 

 

Mise en scène :   Alain FROMAGER
    Avec : Jean-Claude Bolle-Reddat, Sylvie Milhaud, Jean-François Perrier
Musique : Christian Girardot
Costumes : Patrick Dutertre
Assistante à la mise en scène: Florence Bosson, Chorégraphie: Véronique Ros de l

Music-Hall de Jean-Luc Lagarce mise en scène d'Alain Fromager dans Music-Hall de Jean-Luc Lagarce point

 

 

C’est une pièce toute agréable, légère et amusante qu’est « Music Hall ». Une histoire où une chanteuse et deux boys se retrouvent et évoquent leurs souvenirs du temps où le Music Hall vivait dans toute sa splendeur avant de sombrer dans les affres de l’oubli. Lente et désinvolte… et avec le sourire, la fille raconte l’histoire du magnétophone à bande pour un play-back.

Lente et désinvolte… et avec le sourire, la fille montre un intérêt presque démesuré pour un tabouret inflammable craint par des pompiers tout soucieux de la sécurité des lieux…

Et ainsi, lentement, désinvolte… et avec le sourire, j’entre progressivement dans cette atmosphère toute légère, insouciante et ridicule. Oui, ridicule! Un ridicule attendrissant, doux tant la chanteuse, avec le masque du sourire « bien comme il faut » me fait penser à une présupposée Miss France qui apprend qu’elle ne sera que Dauphine. Le sourire malgré l’amertume. Elle sourit malgré qu’elle ait envie de pleurer. ça ne se voit pas dit-elle, non ça ne se voit pas, car elle sourit. L’apparence prend le dessus, je ne vois que son sourire et je souris. Je suis comme dans un rêve, le leur, où je vois les difficultés matérielles, relationnelles, mais tout cela dans la bonne humeur, ce n’est plus la souffrance de l’être que je vois, juste une chanteuse lente, désinvolte… avec le sourire.

Mais le sens à tout cela? pensais-je.

« Et les spectateurs se disent : mais l’histoire? » Il n’y en a pas!

Ma pensée est dévoilée. Je deviens Le Spectateur, l’exigeant, le critique, celui qui déserte les salles. Et la réalité prend le dessus sur le jeu ou peut-être même le jeu sur la réalité. Peut-être que tout est jeu, qu’il suffit de sourire, lentement, avec désinvolture? Mais quand le masque tombe, le jeu de l’apparence devient amer.

Et tout continue lentement, avec désinvolture…

Et lentement, désinvolte et le sourire aux lèvres, je quitte le théâtre moi-même trompée par les confettis jonchés sur la scène.

 

 

Dossier de Presse

InvitÈs

Il y a toujours un lieu comme ça, dans ce genre de ville, qui croit pouvoir servir de Music-Hall, lit-on au début de cette histoire. C’est dans un de ces lieux qu’une chanteuse et ses deux boys se retrouvent, un soir, comme tous les soirs depuis des années. Les images d’une gloire éteinte se mêlent aux souvenirs de leurs tournées dans une rêverie douce-amère… Le music-hall de province a laissé dans son sillage toute une mythologie avec ses couleurs et ses parfums. Aux réminiscences d’un âge d’or où les artistes débarquaient des paquebots en provenance de contrées exotiques, JeanLuc Lagarce a ajouté ses propres souvenirs de théâtre. Music-Hall est le récit tendre et drôle de trois héros perdus dans un monde qui ne les reconnaît plus.

Le numéro évoqué dans la pièce et que l’on entrevoit à peine est une sorte de pièce musicale vouée aux  » banlieues grises et villages hostiles ». Ce genre de lieu où les artistes doivent affronter chaque soir, selon l’humeur du public local, un besoin féroce de volupté, une mélancolie coriace ou une indifférence minérale. Devant le dépouillement rustique de certaines salles communales, il faut parfois imaginer de subtiles variations de chorégraphie pour les entrées, sorties et mouvements lascifs de jambes. Mais quand il n’y a ni scène adéquate, ni lumière frôlante, ni musique langoureuse, difficile de « faire comme si de rien n’était ». Et de rester en toute circonstance, comme le confie 12 chanteuse de Music-Hall,  » souriante, lente et désinvolte ».

Mythologie encore ? Peut-être. Mais avant d’être reconnu, le metteur en scène Jean-Luc Lagarce a vécu ces tournées de bric et de broc, ces découragements d’après spectacle, ces malentendus abyssaux, ces contrats  » à la recette sur entrées », ces buvettes lugubres de salles des fêtes, dont le seul souvenir déclenche l’hilarité, les soirs de nostalgie à plusieurs. Quelques années plus tard, il reprendra avec la même distance amusée ce motif de la troupe itinérante dans une pièce aux accents bernhardiens, Nous les héros, qui met en jeu d’autres proscrits. La brume romanesque entourant Music-Hall s’est estompée entretemps, laissant la place à des références plus autobiographiques  : « Après la représentation, on chante une fois encore, écrit Jean-Luc Lagarce, on joue de petits sketches idiots qui nous firent toujours rire – ceux-là qu’on préfère et que nous gardons pour nous – on danse un vieux numéro que nous avions appris pour une ancienne revue de pacotille… On ricane, on imite, on hurle de rire et parfois aussi, nous nous laissons aller à la nostalgie. Demain, nous fuirons, mais ce soir encore, nous faisons semblant puisque nous ne savons rien faire d’autre. »

Une nuit, à la sortie de la gare de Besançon (Doubs), j’ai vu sous la neige, portant ses valises et renonçant aux taxis, s’éloigner le chanteur Ringo Willy Cat, celui-là qui épousa la chanteuse Sheila, qui fut une grande vedette, comme nous disions, qui chanta avec elle lorsqu’ils se marièrent,  » Laisse les gondoles à Venise… » – mon frère et moi, nous reprenions le refrain en coeur – et qui venait pour deux soirs, un vendredi et un samedi, chanter ses anciens succès dans une boîte à strip-tease de cette froide ville de l’Est. Une fois, et cela, c’était à Morez aura), le directeur de la salle des fêtes nous expliqua que la semaine précédente, d’autres avaient eu plus de chance que nous, avec du catch féminin arbitré par un nain.

En Italie, à Aoste, il neigeait et tandis que nous mangions tous les trois dans un restaurant désert, abandonnés de ceux-là mêmes qui nous avaient invités, les garçons et les cuisiniers regardaient à la télévision un jeu braillard et coloré. Sur un bateau, au large de la Grèce, une grosse femme, par deux fois, revint gagner sa place, les acteurs la voyaient lentement passer, un verre de Martini à la main. Un petit garçon est venu me tirer par la manche, entre deux scènes, derrière le paravent et m’a dit  : « - ça va trop vite, je ne comprends rien du tout ! ». Une autre fois, et la tempête dehors faisait rage, un bonimenteur, que nous ne connaissions pas, vint dire que nous allions être drôles et nous, derrière le rideau, nous nous sommes mis à trembler de peur. Le plafond était si bas – je ne m’en souviens plus – le plafond était si bas que l’actrice décida de ne pas mettre ses souliers à hauts talons de peur de toucher les projecteurs avec son chignon alambiqué. Une dernière fois – et c’est comme un rêve -, je me suis trompé de porte et je suis entré par la porte centrale, au fond de l’immense scène du Châtelet, devant une salle vide totalement éclairée, et je suis resté pétrifié.

Derrière un rideau, une fois, et cela parlait d’acteurs encore, une chanteuse fondit en larmes aussitôt le rideau baissé et toute la salle l’entendit et éclata de rire. Une comédienne, mais cela, on me l’a raconté, se trompa de ville dans une tournée et au début de la soirée arriva à la porte d’un théâtre fermé tandis que toute la troupe l’attendait à plusieurs centaines de kilomètres de là.

Jean-Luc Lagarce octobre 1989

Jean-Luc Lagarce

Jean-Luc Lagarce est né le 14 février 1957 en Haute-Saône. Maîtrise de philosophie sur le thème Théâtre et pouvoir en occident, en 1981. Boursier du Centre National des Lettres en 1983 et 1988. Boursier du Prix Léonard de Vinci, résidence d’écriture à Berlin d’avril à août 1990. Auteur, metteur en scène, directeur de la Compagnie La Roulotte (cofondée avec François Berreur, Mireille Herbstmeyer et Pascale Vurpillot). Il est décédé le 30 septembre 1995. Depuis Carthage encore en 1979 à Le Pays lointain en 1995, son oeuvre compte une vingtaine de textes connus à ce jour, publiés dans la collection Tapuscrits à Théâtre Ouvert et aux éditions Les Solitaires Intempestifs. Ses pièces ont été montées notamment par François Berreur, Bérangère Bonvoisin, Jean-Claude Fall, Ghislaine Lenoir, François Rancillac, Christiane Cohendy, Hans Peter Cloos, Olivier Py, Robert Cantarella, Stanislas Nordey…

 

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